" A Lausanne, un panorama des maîtres modernes " Par Michèle Laird

http://www.swissinfo.ch/media/cms/images/null/2011/07/vallotton_esterel-30795312.jpg«Van Gogh, Bonnard, Vallotton…»: c’est le titre de l’exposition en cours à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne, visible jusqu’au 23 octobre. Elle offre un panorama rare d’œuvres de maîtres de l’art moderne. Toutes font partie de la collection Hahnloser.

Elaborée à Winterthour entre 1905 et 1936 par un ophtalmologue féru d’art, Arthur Hahnloser, et par son épouse artiste, Hedy Hahnloser-Bühler, la collection offre un tour d’horizon précieux sur la création à la fin du 19e siècle et au début du 20e, entre l’impressionnisme et l’art moderne. Mais elle raconte aussi l’histoire exceptionnelle d’une famille suisse sans grande richesse, ni grand bagage artistique, qui a pourtant réussi à bâtir une des collections les plus prestigieuses de Suisse.

«La collection est unique, non seulement par sa vision et sa cohérence, mais aussi parce que c’est une des rares collections d’art privée qui soit restée virtuellement intacte», explique Angelika Affentranger-Kirchrath, curatrice à la Villa Flora, qui abrite la collection à Winterthour.

 

Une quête quasi obsessionnelle

La Villa Flora était le domicile de la famille Hahnloser. Elle a été ouverte au public, en tant que musée, en 1995. Inspirée par la Sécession viennoise, l’Art nouveau, la bâtisse est considérée comme une œuvre d’art elle-même. Mais elle n’est pas assez grande pour présenter l’intégralité de la collection réunie sur plus de 30 ans par le couple.

L’Hermitage présente 150 œuvres de la collection. C’est une quête quasi obsessionnelle que le couple a menée parmi les artistes, avec un flair jamais démenti pour les pièces d’exception.

Les Hahnloser ont pris pied dans les milieux artistiques grâce à Giovanni Giacometti, père d’Alberto. Il leur a présenté Ferdinand Hodler, controversé de son vivant, pour lequel ils ont pris fait et cause.

Un désir irrépressible

Hedy Hahnloser écrira plus tard à Hodler: «Nous faisions pour la première fois l’expérience de ce qui se produira par la suite des centaines de fois: le désir irrépressible de regarder le monde à travers les yeux d’un maître.»

«C’est elle qui était, clairement, la force de la collection», souligne Angelika Affentranger-Kirchrath. Son mari Arthur et son beau-frère Emil, industriel du coton, jouèrent bien sûr également un rôle très actif, ajoute-t-elle. La collection d’Emil fut d’ailleurs cédée aux Hahnloser à son décès, en 1940.

«Hedy voulait plus que tout vivre avec son temps, explique encore la curatrice. Elle pensait que l’art était la meilleure façon de le faire.» Atteinte de tuberculose, marquée par son éducation protestante, l’épouse laissera l’image d’une femme aussi forte que fragile. Elle survivra 16 années à son mari.

 

Beaucoup d’œuvres

«Hedy Hahnloser voulait décorer sa vie avec l’art, mais sans ostentation», selon Angelika Affentranger-Kirchrath.

Entre 1908 et la mort soudaine d’Arthur en 1936, le couple fera de fréquents voyages en France. Les époux avaient acheté une maison à Cannes pour être proches de la communauté des artistes. Ils les connaissaient personnellement et leur rendaient visite dans leur atelier, où ils achetaient directement leurs œuvres.

Les visites des artistes à la Villa Flora furent également nombreuses. Ces contacts personnels et amicaux représentaient une nouvelle manière d’acquérir des œuvres d’art, insiste la curatrice du musée.

«C’est la première fois que nous réunissons autant d’œuvres, affirme Angelika Affentranger-Kirchrath. Avec la directrice de l’Hermitage Juliane Cosandier, et sa successeure Sylvie Wuhmann, nous avons réalisé un processus complexe mais très créatif», se réjouit la curatrice de Winterthour.

L’exposition ne suit pas un fil chronologique. Les commissaires ont choisi de montrer les œuvres par thème et par artiste. «Les Nabis forment le cœur du parcours», explique Angelika Affentranger-Kirchrath. Pierre Bonnard et Félix Vallotton, acteurs majeurs du post-impressionnisme et proches amis du couple Hahnloser, occupent le premier plan.

Le contraste est saisissant. Les «moments enchantés» de Bonnard – des femmes perdues dans leurs rêveries alors qu’elles prennent un bain ou semblant attendre que quelque chose se produise – forment un contrepoint aux figures énigmatiques de Vallotton.

 

Les Fauves en bonne place

Les autres révélations de l’exposition ont pour nom Odilon Redon et ses couleurs discordantes et des œuvres impressionnistes inhabituelles: les toits de Paris par Cézanne, les feux d’artifice de Van Gogh et des paysages de Renoir.

Les Fauves, directs successeurs des Nabis, sont présents grâce à Matisse, Rouault et Henri Manguin, le moins connu d’entre eux.

«Nous avons pu faire revivre l’excitation originale et la réalisation radicale de l’une des plus importantes collections d’art privées de Suisse», estime Juliane Cosandier. «C’est une des plus manières qui soit pour conclure les quinze années que j’ai passées à l’Hermitage.»

Michèle Laird, www.swissinfo.ch

Traduit de l’anglais par Ariane Gigon

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